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Dodoni

 

Evaluation : **/***

Remarque : Entrée chère pour une partie inaccessible à cause de travaux. Sinon très beau site archéologique. L’acropole n’est pas visitable.

 

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Dodoni était le site du plus ancien oracle de Grèce et second oracle de la Grèce antique (après Delphes) dédié à Zeus. Le chêne sacré a été apporté par les Selloi, une branche de la tribu de Thesprotiens, entre les XIXe et XIVe siècles av. JC et est rapidement devenu le centre du culte du sanctuaire. L'origine est un sanctuaire panhellénique dédié à la déesse de la Terre ou une divinité féminine liée à la fertilité. Il en reste que peu de vestiges si ce n'est le théâtre de 17.000 spectateurs, parmi les plus grands de l'Antiquité. Au mois d'août des représentations dramatiques y sont jouées.

 

Le site archéologique de l'ancienne Ephyra porte le nom de Nekromanteion et existe depuis le VIIe siècle av. JC. Le sanctuaire était dédié à Perséphone et était l'entrée de l'Hades, la rivière Achéron donnait accès au monde souterrain des ténèbres. On peut aussi y voir des vestiges mycéniens.

Dans son Enquête, Hérodote donne les deux versions qu'il entendit sur la fondation de l'oracle de Dodone. Il tenait la première des prêtres de Thèbes en Egypte pour qui deux prêtresses égyptiennes auraient été enlevées par des Phéniciens puis vendues, l'une en Libye, l'autre en Grèce. Chacune fonda un oracle dans son pays « d'accueil ». Mais le père de l'histoire entendit à Dodone même que ce n'étaient pas deux prêtresses mais deux colombes qui étaient parties de Thèbes en Egypte. La première, blanche, s'en fut dans l'oasis de Siwa. La seconde, noire, se rendit à Dodone où elle se percha sur un chêne et s'adressa avec une voix humaine aux habitants des lieux, leur enjoignant d'établir un sanctuaire dédié à Zeus. Le scrupuleux Hérodote rapporte les deux versions, tentant même d'en suggérer une synthèse. Une prêtresse, que les Grecs appelèrent « colombe », était effectivement venue d'Egypte. Pour eux, sa langue étrangère restait aussi incompréhensible que le pépiement des oiseaux. De plus, cette colombe ne pouvait être que noire, en raison de ses origines africaines. Sitôt qu'elle eut appris suffisamment le grec, la prêtresse ordonna de construire un temple consacré à Zeus.

Les oracles étaient donnés sur la base du gargouillis des eaux de la source sacrée et du bruit des chaudrons de cuivre posés sur des trépieds autour de l'arbre sacré. On parle aussi du bruissement des feuilles du chêne sacré et du vol des oiseaux qui y nichent. Selon les sources anciennes, les prêtres de l'oracle n'étaient initialement que des hommes, mais plus tard sont également apparues des femmes, appelées « Péliades ». Une caractéristique des prêtres était qu'ils marchaient pieds nus et dormaient sur la terre afin d'avoir un contact direct avec elle.

 

Dodone dans l'histoire

Les vestiges les plus anciens remontent à l'âge du bronze (vers 2500), époque à laquelle Dodone abritait, semble-t-il, un sanctuaire dédié à une déesse de l'abondance et de la fertilité. Après l'arrivée des premiers Hellènes (vers 2000), son culte coexista avec celui de Zeus, avant que cette divinité préhellénique ne soit assimilée à Dionè, l'épouse de Zeus, qui possédait elle aussi son temple à Dodone. Progressivement s'ajoutèrent le culte de leur fille Aphrodite, et celui de Thémis vénérée avec Dione comme "naios theoi", c'est-à-dire épouses de Zeus. Les ”dieux naïens” signifiaient des dieux partageant la même maison (synoikoi) et le même temple (synnaioi) que Zeus. Dans sa forme originale, le sanctuaire était à ciel ouvert et les différents rituels se déroulaient autour de l'arbre sacré (chêne ou figuier sacré), où résidait le couple de dieux.

Dès le VIIIe s. av. JC, des hommages du sud de la Grèce arrivaient également au sanctuaire, notamment des trépieds en bronze, des statuettes, des bijoux et des armes, fait également lié à l'installation de colons venus des villes grecques sur les côtes continentales. Contrairement à ce qui s'est passé dans les autres sanctuaires du sud de la Grèce (Delphes, Olympie, Délos), à Dodone il n'y avait pas d'activité de construction majeure à cette époque, ce qui est probablement dû à sa situation isolée, loin du reste de la Grèce et de toutes les grandes routes commerciales . La zone des arbres sacrés était délimitée par une sorte d'enceinte formée par les chaudrons tripodes en cuivre.

Bien que l'endroit ait été considéré par les Grecs de l'Antiquité comme le siège de l'oracle le plus ancien, les constructions durables n'apparurent qu'au début du IVe s. av. JC avec un petit temple de Zeus et trois arcades ioniques. Vint ensuite l'enceinte de l'acropole située au sommet de la colline plus au nord dont les dimensions restreintes ne lui permettaient guère d'abriter plus d'un millier de personnes.

L’apogée du sanctuaire eut lieu au IIIe s. JC, sous le règne de Pyrrhus (297-272 av. JC) qui donna au sanctuaire un caractère monumental. Puis furent construits le reste des temples et les bâtiments les plus impressionnants comme le théâtre, le parlement, le presbytère et le stade où se déroulaient les Naia, jeux en l'honneur de Zeus jusqu'au milieu du IIIe s. ap. JC. Le site fut détruit en 219 avant JC. par les Étoliens mais rapidement reconstruit pour rester en service jusqu'à sa destruction par les envahisseurs romains en 167 av. JC. Dodone se remit difficilement d'un tel désastre et, à la fin du 1er s. av. JC, Strabon décrit la région comme un pays désert livré aux loups. Sous l'empire romain, Dodone retrouva un peu de son lustre. Ainsi son théâtre pouvant contenir jusqu'à 20 000 spectateurs fut remanié pour accueillir des spectacles de gladiateurs. A la fin du IVe s., l'édit de Théodose imposant la fermeture de tous les sanctuaires païens fut fatal à l'oracle millénaire et le chêne sacré fut abattu. On continua pourtant à prier à Dodone, mais les prières s'adressaient au dieu des chrétiens cette fois. Dodone devint au Ve s. le siège d'un évêché, et des églises s'élevèrent au-dessus des temples païens comme celle qui recouvre le temple d'Héraclès dans le périmètre archéologique.

 

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Les premières fouilles du site datent de 1873-1875 et le travail systématique de restauration du théâtre, du stade, et d'autres monuments commencèrent en 1961 selon l'étude de l'architecte B. Charissis. Ces fouilles ont confirmé l'ancienneté du site remontant à l'âge du bronze. Les monuments les plus importants du site sont :

 

Enceinte du sanctuaire

Le sanctuaire est délimité par une enceinte qui, du côté ouest, côté où se trouvait l'entrée, est le prolongement de l'enceinte de l'acropole.

 

A côté de l’Hiera Oikia se trouvent le temple dorique et l'autel d'Héraclès et les deux petits temples ioniques de Dioné, épouse de Zeus, l'ancien et le nouveau. Au-dessus de la partie nord du temple d'Héraclès, les ruines d'une basilique sont conservées, montrant deux phases de construction. Le temple de Zeus était flanqué à l'ouest des temples de Thémis et d'Aphrodite. Au nord du temple de Thémis, Evangelidis avait déjà fouillé un tombeau en ciste pillé, dont l'époque de construction et la signification sont inconnues. Au sud-ouest du temple d'Aphrodite, deux autres bâtiments, probablement des temples, ont été identifiés mais pas fouillés (pas visibles aujourd'hui), fermant le tracé amphithéâtral des bâtiments de culte vers l'ouest. Les bâtiments restants du secteur ouest du sanctuaire reflètent le programme de reconstruction monumentale orchestré par le roi Pyrrhus au début du IIIe s. av. JC : le bouleutérion (parlement) où conférait le Koinon d'Épire, le prytanée, le théâtre et le stade. La résidence des prêtres, située entre le bouleutérion et le théâtre, est plus ancien bâtiment du sanctuaire après la Maison Sacrée et servait de demeure aux prêtres de Zeus ou aux chefs des communes molossiennes.

 

Hiera Oikia

La Sainte Maison est le temple de Zeus, un petit bâtiment simple mais très important pour le sanctuaire car il renfermait le chêne prophétique. Central, il est presque carré (20,80 x 19,20 m) présentant pas moins de quatre phases de construction et au moins une ou deux phases de pré-construction mais la forme originale demeure inconnue. Jusqu'au début du IVe s. av. JC, Zeus de Dodone n'avait pas de temple. Son culte se déroulait en plein air et le Dieu, de manière rare, habitait « au pied d'un figuier », dans les racines du chêne sacré entouré d'une série de trépieds en bronzes avec chaudrons. Autour de lui vivaient les Hellos ou Sellos, les prêtres de Zeus, pieds nus et dormant directement sur le sol afin d'entrer en contact avec la Terre Mère, d'où ils tiraient les mystérieux pouvoirs de divination.

Au début du IVe s. av. JC, un simple petit temple (4 x 6,50 m) avec un pronaos et une cella fut construit. Il n'était pas destiné à la demeure de Dieu et au culte, mais à l'hébergement des offrandes. Au cours de ce siècle une spacieuse enceinte isostructurale (13 x 11,80 m) avec une entrée côté sud-est, enfermant le phigo (chêne sacré) et rejoignant la façade du petit temple, a été créé en remplacement de l'enceinte de trépieds. Un craieion, vœu des habitants de Corfou, à été composé de deux colonnes. L'un supportait une statuette en bronze représentant un enfant tenant un fouet en ébène, l'autre un chaudron en bronze. Le son produit par le bruit du fouet sur le chaudron par l’acrion du vent permettait aux devins de prophétiser.

Au début du IIIe s. JC, sous le règne du roi Pyrrhus (297-272 av. JC), l'ancienne enceinte fut remplacée par une enceinte plus spacieuse avec des colonnades ioniques sur les côtés nord, ouest et sud. Le côté oriental de la cour, où se trouvait le chêne-oracle, était laissé libre, sans portique. Entre deux piliers du côté sud se trouvait une entrée. Dans ces colonnades, Pyrrhus accrochait les boucliers romains qu'il avait capturés après sa victoire à Héraclée en Italie (280 av. JC) ainsi que l'inscription votive conservée sur une partie d'un bouclier, aujourd'hui au musée national d'Athènes.

Lorsque les Étoliens occupèrent soudainement le sanctuaire (219 av. JC), ils y mirent le feu mais, selon Polybe, ils n'ont pas brûlé la Sainte Maison, mais l'ont démolie, « afin que les diverses alliances des Épirotes » qui y avaient été déposées n'existent plus. Ils ont épargné le chêne car cela aurait constitué un grand sacrilège de détruire la maison du dieu et suscité l'indignation populaire dans toute la Grèce.

Pour venger la destruction de Dion et de Dodone, les Macédoniens et les Épirotes ripostèrent en 218 av. JC en attaquant Thermos en Étolie, l'incendiant et le pillant. Avec le considérable butin, ils reconstruisirent les sanctuaires détruits de Dion et de Dodone. Une plus grande Hiera Oikia avec un pronaos, une cella et un adytum tétrastyle ionique, ayant trois colonnes ioniques à l'avant, remplaça le petit temple. Les anciens matériaux ont été utilisés pour les fondations du temple hellénistique. La forme générale du bâtiment ressemblait à une ancienne maison grecque. On comprend ainsi pourquoi Polybe l'appelle une maison sainte. Les arcades ont également été reconstruites.

Les fouilles n'ont révélé aucune preuve du sort du temple lorsque les Romains (167 av. JC) incendièrent le sanctuaire et d'autres bâtiments. Au IIe s. ap. JC, Pausanias a décrit le sanctuaire avec le chêne comme « à voir », et les Naia étaient encore célébrées en 240 ap. JC. La fin définitive de la Hiera Oikia survint à la fin du IVe s. ap. JC, lorsque le chêne oraculaire fut abattu et qu'un immense trou fut creusé afin de le déraciner ou bien à la recherche d'un trésor.

 

Temple de Dioni

Une place importante dans le sanctuaire de Dodoni était occupée par le culte de la déesse Dioné qui, selon la mythologie, était la mère d'Aphrodite. Avec Thémis, ils étaient appelés « déesses naïennes, cohabitantes et vénérées avec Zeus ». Le temple le plus ancien dédié à Dioni, était situé près de la Sainte Maison, au nord, dans la partie centrale du sanctuaire. Construit dans la seconde moitié du IVe ou au début du IIIe s. av. JC, il fut incendié par les Étoliens en 219 av. JC puis abandonné. Il était orienté est-ouest, selon un plan presque carré (9,80 x 9,40 m) et mesurait environ la moitié de la taille du temple de Zeus adjacent. Il disposait d'une cella et d'un pronaos (partie avant) avec quatre colonnes ioniques en grès sur la façade. La superstructure était constituée de briques brutes. Le seuil en pierre de l'entrée, percé dans le mur intérieur séparant la cella du pronaos, subsiste encore ; la porte à deux vantaux mesurait 1,20 m de large. Au fond de la cella sont conservés les restes d'un piédestal supportant la statue cérémoniale de Dioni, dite du ”genre” (”edos”). Le vénéré edos était honoré chaque année par les Athéniens envoyant des « théories » honorables (dignitaires en tant que représentants de la ville) et de riches cadeaux, suite à un oracle Dodoni.

Lors de la reconstruction du sanctuaire après 219 av. JC, un nouveau temple consacré à Dioni fut érigé au sud, s'écartant visiblement du temple de Zeus. Il s'agissait d'un tétrastyle ionique (à quatre colonnes) avec un temple à portique frontal (prostyle) disposant d'un pronaos (antichambre) et de la cella, mesurant hors tout 9,60 sur 6,35 m. Les colonnes étaient constituées de conglomérat enduit extérieurement de mortier de chaux fin ou de mortier de marbre donnant aux surfaces la blancheur et la douceur du marbre. Les marches de la façade étaient en pierre calcaire de bonne qualité, semblable aux colonnes des allées du théâtre. Dans le mur séparant le chœur de la nef, est conservé le seuil en pierre avec les traces de la porte à deux vantaux, large de 1,30 m, tandis qu'au fond de la nef se trouve le piédestal où se trouvait la statue de Dioné.

 

Temple de Thémis

Parmi les trois temples les plus anciens entourant le chêne sacré de Zeus dans le sanctuaire, un est consacré à Thémis, épouse de Zeus et fille d'Ouranos (le ciel) et de Gaia (la terre). Le culte de Thémis était répandu dans la région de l'Épire, vraisemblablement dans le prolongement du culte de la Grande Déesse préhistorique ; il est évident de l'honorer à Dodoni, car cela relève de l'adoration de la Terre.

L'identification du temple a été faite à l'aide d'une inscription en plomb, trouvée dans le bouleutérion, et dans laquelle, avec Zeus, Thémis et Dioné sont mentionnés comme « naioi theoi » (dieux naïens), c'est-à-dire cohabitants et adorés. Elles étaient donc les deux déesses les plus importantes après Zeus, les marraines de Dieu.

Le seul élément qui peut servir de preuve pour la datation du temple est l'utilisation de grès tendre pour les pilastres du pronaos (antichambre) ; ce matériau avait également été utilisé pour l'ancien temple de Dioni, pour la Sainte Résidence du temps de Pyrrhus, et pour le portique dorique du bouleutérion. La datation la plus probable est attribuée à la période de la Ligue Epirote (340-232 av. JC).

Avec une orientation nord-ouest - sud-est, le temple était de construction simple, mesurant 10,30 x 6,25 m. C'était un prostyle (colonnade frontale) avec quatre colonnes ioniques, un pronaos et le bâtiment de la cella. Les vestiges devant le temple appartiennent aux fondations d'un grand autel (4,20 x 3,30 m) et d'un piédestal carré à l'est, qui soutenait vraisemblablement une offrande votive importante. Les sculptures montrent que les orthostates (supports verticaux) entouraient l'autel sur les quatre côtés et que l'accès ne pouvait être accordé que depuis le temple. Les dimensions intérieures étaient de 2,60 x 1,80 m. Au sud-ouest du temple se dresse un petit édifice carré pas encore identifié, sa fonction et son époque de construction ne sont pas encore connus.

 

Temple d’Heraklès

A l'extrémité du sanctuaire de Zeus, à environ 30 m à l'ouest de la porte de l'enceinte extérieure, se trouve le temple d'Héraclès, en partie sous la basilique chrétienne B. Il fut construit au début du IIIe s. JC, sous le règne de Pyrrhus, qui tenta de relier sa famille au héros mythique, notamment après son second mariage avec Lanassa, fille du tyran de Syracuse, Agathocle, descendant d'Héraclès.

C'est le plus grand temple après celui de Zeus, et le seul temple d'ordre dorique connu au sein du sanctuaire. Orienté nord-ouest - sud-est et mesurant 16,50 x 9,50 m, il dispose de quatre ou six colonnes doriques en façade (temple prostylos tétrastyle ou hexastyle), d’un pronaos et de la cella. Après avoir été incendié par les Étoliens en 219 av. JC, il fut reconstruite et les éléments architecturaux détruits en grès tendre (triglyphes, chapiteaux, corniche) furent encastrés dans le mur séparant le pronaos de la cella. A l'est du pronaos subsiste un grand piédestal (5,70 x 3,20 m) faisant partie de l'autel du temple.

La relation du temple avec le culte d'Héraclès est confirmée par quelques plaques de bronze archaïques trouvées à l'intérieur, des paragnathides (joues) de casques, avec une représentation en relief de la rivalité entre Apollon et Héraclès pour la possession du trépied de Delphes, et notamment par une métope en calcaire du IIIe s. av. JC avec une représentation en relief de la lutte d'Héraclès contre l'Hydre de Lerne, exposée au musée archéologique de Ioannina. Sur le relief, le héros est représenté appuyant fortement avec son genou droit sur le corps de la bête, représenté à sa droite, tandis que Iolaos, debout à gauche d'Hercule, tente de brûler avec une torche un tentacule d'Hydre (sa cuisse droite est visible). Près de la cuisse droite d'Hercule, un crabe fait allusion au marais de Lerne, où s'est déroulée cette scène particulière.

 

Temple d’Aphrodite

Le temple d'Aphrodite est situé dans la partie centrale du sanctuaire, à proximité du temple de Thémis. Son identification a été faite sur la base des figurines en argile trouvées autour et à l'intérieur du temple, représentant une figure féminine tenant de la main droite devant sa poitrine une colombe, symbole de la déesse. Sur la base de certains détails de construction et des découvertes faites à l’intérieur, il peut être daté du IVe ou du début du IIIe s. av. JC mais l'existence en ce lieu d'un culte plus ancien ne doit pas être exclue. Le culte d'Aphrodite à Dodone est confirmé par des preuves épigraphiques, mais l'époque à laquelle il a été établi est inconnue. Il est probablement plus ancien que l'époque de Pyrrhus, mais il est certain qu'au début du IIIe s. av. JC il a été fusionné avec le culte de l'Énéide Aphrodite, introduit par Pyrrhus d'Egesta dans l'ouest de la Sicile. Cette divinité est associée au héros troyen Énée et aux mythes troyens, extrêmement chers aux Molossiens, car, selon les traditions les plus anciennes, les Molossiens venaient de Troie par Andromaque, l'épouse d'Hector.

Il s'agit d'un petit temple de style dorique, mesurant 8,50 x 4,70 m, mais il diffère légèrement du type et du style établis à Dodoni. Il s'agit d'une construction simple en distyle en antis, avec un pronaos (antichambre) et une cella ; entre les pilastres du pronaos se trouvent deux colonnes doriques à huit pans au lieu de quatre colonnes ioniques, comme c'est le cas des autres temples. Deux des tambours de la colonne sont intégrés (encastrés) dans l'édifice carré de l'époque romaine se dressant immédiatement à l'est. Au milieu du mur séparant la cella du pronaos se trouvait une entrée avec une porte à un vantail, large de 1 m, dont seul le seuil brisé subsiste. Les murs du temple étaient fabriqués avec de petites pierres tandis que du grès tendre avait été utilisé pour les chapiteaux des colonnes.

Parmi les découvertes liées à l'édifice, figurent des inscriptions en plomb et des figurines représentant une figure féminine et une tête de lion en argile datées du IVe s. av. JC, ainsi qu'un fragment de marbre provenant du tronc d'une statue féminine archaïque, de dimensions inférieures à celles de la taille naturelle d'un corps féminin. Ce fragment appartenait vraisemblablement à la statue cérémonielle de la déesse Aphrodite.

 

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Bouleuterion

L'un des bâtiments les plus importants du sanctuaire de Dodoni, de forme monumentale et au caractère administratif et politique, était le Parlement où se réunissaient les députés, construit sur le flanc sud de la colline à l'est du Théâtre. Le bâtiment se compose d’un grand hall (mesurant 43,60 m sur 32,35) et d'une stoa dorique moderne en façade, semblable au portique sud de la scène du théâtre. Lors de sa construction à la fin du IVe s. ou au début du IIIe s. av. JC, il a fallu déplacer vers l'ouest le côté nord-ouest de l'enceinte extérieure et le relier au petit bâtiment ’M’ qui aurait pu servir de résidence aux prêtres.

Avec l'invasion étolienne, le bâtiment fut détruit et enseveli avec les déchets et débris architecturaux du sanctuaire, tandis que l'espace entre le théâtre et le parlement fut nivelé avec des remblais. Entre le côté sud du bâtiment ”M” et le parlement, un mur a été construit pour contenir ces remblais, à l'intérieur duquel ont été retrouvés des éléments architecturaux et des briques provenant des colonnes du parlement. Après le deuxième incendie du bâtiment par les Romains (167 av. JC), le Parlement semble avoir été réparé négligemment et a probablement fonctionné jusqu'aux années d'Auguste, fin du Ier s. av. JC).

Au IVe s., un laboratoire a été créé dans lequel le précieux pigment violet a été fabriqué. Le moment de l'abandon définitif n'est pas connu.

L'entrée au parlement se faisait par les deux portes en façade, larges de 1,63 m et hautes de 3,25 m. Les traces d’usure dues au trafic intense sont encore visibles sur les seuils en pierre. Près des entrées ont été trouvées de nombreuses parties en bronze des portes détruites par l'incendie du bâtiment en 167 av. JC. Le bâtiment fut reconstruit après l'incendie. Dans la nouvelle phase, les pierres des contreforts de Tomaros ont été utilisées pour les colonnes du portique, à la place du grès tendre. L'immense toit, large de 30,20 m, était à l'origine soutenu par deux rangées de trois colonnes ioniques. Les murs extérieurs survivants constituaient la base en pierre du bâtiment, mais la partie supérieure était construite en briques cuites et non cuites liées avec de la boue.

Le parlement était divisé en deux parties, une zone basse et plate et une zone ascendante au nord, où se trouvaient les sièges. Quelques vestiges de bancs en pierre brute montrent que les membres du Bouleutérion étaient assis sur la partie supérieure de la pente. Les membres du Conseil siégeaient sur une estrade dans la partie basse.

A l'intérieur, au milieu du mur sud, se trouvait l'autel de Zeus Naios, Dioné et Zeus Vouleos, dédicace du prêtre Haropas. Les sacrifices et la prestation de serment des députés avaient lieu à l'autel. Plus à l'ouest, un autre piédestal aurait servi à une statue ou à placer les deux kalpas lors du vote.

Toujours à l’intérieur, des côtés est et ouest, se trouvaient deux escaliers en pierre menant au niveau le plus élevé du théâtre. Il existerait encore deux ou quatre volées d'escaliers plus au nord menant à la zone supérieure du palais.

Devant le côté oriental du portique, six socles ont été retrouvés, dont trois conservent leurs montants avec des résolutions du Koin d'Épirote. Deux portent le nom de l’artiste, Athenogenis d’Argos.

 

Prytaneion

Parmi les bâtiments administratifs les plus importants du sanctuaire de Dodone se trouvait le prytaneion, édifice presque carré avec péristyle, de forme monumentale et faisant partie du programme de construction de Pyrrhus. Topographiquement, il occupe une position centrale dans le sanctuaire, à l'est du théâtre et au sud du bouleutérion. Dans son foyer sacré brûlait le feu éternel. C’était l'endroit où dînaient les prytaneis (magistrats) et les personnalités distinguées et où étaient conservées les résolutions de la Boule et des archontes. C’était, en quelque sorte, le siège de la cité-état ou de la cité-tribu. Pour sa construction et celle du bouleutérion, l'enceinte extérieure du sanctuaire a été déplacée plus à l'ouest. Dans l'angle sud-est du bâtiment, on aperçoit la nouvelle enceinte. Sous le sol de la galerie ont été retrouvées les traces de l'ancienne enceinte et la porte ouest (IVe s. av. JC) menant à l'intérieur du sanctuaire par la Voie Sacrée menant au chêne oraculaire.

Il s'agit du grand bâtiment avec une façade de 31,45 m, semblable à celle du bouleutérion (32,35 m), dont la construction, contemporaine au bouleutérion, se situe au début du IIIe ou à la fin du IVe s. av, JC. A la fin du IIIe s. JC, à l'époque des Communes d'Epire (232-168 av. JC), une nouvelle aile de 33,35 m comprenant 6 pièces, trois pièces annexes à l'ouest et trois chambres à neuf lits mesurant 5,50 x 5,20 m, à été ajoutée et servait à la restauration et à l'hébergement archontes (fonctionnaires du gouvernement). Ces ajouts ont été jugés nécessaires lorsque l'Alliance Epirote a été remplacée par la Ligue Epirote, à laquelle ont rejoint toutes les tribus grecques Epirote du sud de l'Albanie jusqu'au golfe Ambracique.

Le bâtiment fut détruit en 219 av. JC par les Étoliens et certainement brûlé par les Romains en 167 av. JC, car des restes d’incendie ont été trouvés au sol sur toute l'étendue de l'aile nord. Après l’incendie, le prytaneion fut grossièrement reconstruit au Ier s. av. JC, mais l'aile nord et la colonnade orientale restèrent enfouies sous les décombres.

 

Les fouilles permirent de mettre au jour une cour péristyle du début du IIIe s. av. JC avec 4 x 4 colonnes doriques du côté est, où se trouvait l'entrée. Au Ier s. av. JC, il a été remplacé par un péristyle plus grand (4 x 7 colonnes) construit avec négligence à partir de matériaux divers. Les bases du péristyle, désormais construit à plus grande échelle, étaient constituées de dalles provenant des socles détruits de la façade est de la Stoa ionique. L'une de ces bases conserve une partie d'un décret de la Ligue Épirote, nous apprenant que la Ligue, d'après un oracle, honora une certaine personne d'une statue en bronze signée par un sculpteur jusqu'alors inconnu, Melissos, fils d'Épikrate, de Corcyre.

À l'ouest de la cour péristyle se trouve une grande salle bordée de restes de sièges en pierre sur toute sa largeur, représentant deux phases après la destruction romaine de 167 av. JC. Les bancs plus anciens (IIIe s. av. JC) étaient probablement en bois. Le mur oriental de la salle du premier édifice hellénistique conserve une partie de l'enceinte extérieure du IVe s. JC, près de l'entrée de la salle des sièges. Devant l'entrée, la base de l'autel a été retrouvée et, un peu plus à gauche, devant la façade de la salle, la base circulaire pavée d'un dôme de 2 mètres de diamètre ayant servi de cuisine pour la préparation des repas destinés à nourrir les seigneurs réunis dans la salle. Un portique ionique avec une rangée de piédestaux sur la façade fut ajouté du côté oriental, s'étendant presque jusqu'à la porte principale du sanctuaire.

 

À un niveau supérieur plus au nord, des vestiges de l'époque romaine ont été découverts, provenant de la route sacrée pavée menant à la maison sacrée, et d'un conduit en pierre drainant l'eau à l'extérieur du sanctuaire.

 

Théâtre

Le théâtre est l'un des théâtres grecs antiques les plus grands et les mieux conservés, avec une capacité d'environ 18.000 personnes. Il faisait partie intégrante du sanctuaire et, pour le visiteur arrivant par le sud, était le monument le plus évident, dominant la zone avec ses surfaces courbes et ses imposants murs de soutènement. Appuyé contre la pente naturelle de la colline, il a été construit au IIIe s. av. JC dans le cadre de l'ambitieux programme de construction réalisé par Pyrrhus, roi d'Épire, afin de réformer le sanctuaire panhellénique et de lui donner un caractère monumental.

L'immense cavea du théâtre avait été façonnée dans une cavité naturelle au pied de la montagne Tomaros et s'étendait sur un remblai de terre soutenu par des murs de soutènement isodomiques fortifiés par six tours créant une façade monumentale. Les deux tours les plus proches de l'orchestre étaient plus grandes que les autres, abritant les escaliers permettant aux spectateurs de monter à l'étage supérieur.

Le gradin était divisé par quatre couloirs horizontaux en trois sections (19 rangées de sièges en bas, 15 au milieu et 21 en haut) et en neuf tribunes par dix escaliers. La rangée de sièges la plus basse était ce qu'on appelle la proedria (sièges d'honneur), avec des sièges en pierre réservés aux personnes officielles ou honorées. L'accès des spectateurs se faisait par de longs escaliers partant des couloirs, et leur départ par une large sortie au sommet de la tribune centrale.

L'orchestre, de 18,70 m de diamètre, n'était pas entièrement circulaire. En son centre se dressait un rocher sculpté formant la base de l'autel de Dionysos, le thyméli. La scène était un bâtiment rectangulaire (31,20 x 9,10 m) à deux étages avec une maçonnerie isodomique. À ses extrémités se trouvaient deux salles carrées, les coulisses séparées par quatre piliers. Sur les côtés sud et nord de la scène se formaient des arcades doriques entourant la route menant au sanctuaire, tandis qu'aux extrémités est et ouest se trouvaient les parodoi, permettant aux spectateurs et aux acteurs d'accéder à l'orchestre. L’avant-scène était en bois.

Après la destruction du sanctuaire par les Étoliens, en 219 av. JC, le théâtre fut reconstruit avec une avant-scène en pierre et deux salles plus petites ajoutées devant l'avant-scène, sur le côté extérieur desquelles ont été construits deux portiques monumentaux avec des demi-colonnes ioniques. Le théâtre conserva cette forme jusqu'en 167 av. JC et la conquête romaine (Emilius Paulus) menant à une nouvelle destruction du sanctuaire. La scène du théâtre fut incendiée, comme le montrent les traces d'incendie retrouvées lors des fouilles, et fut reconstruite en 148 av. JC. À la place des colonnes entre les paraskenia, des murs ont été construits avec de la chaux et des pierres.

Cette forme fut de courte durée car à l'époque d'Auguste César (Ier s. av. JC), le monument a été transformé en arène. Les premières rangées de sièges ont été supprimées et un mur de 2,80 m de haut a été construit pour protéger les spectateurs des animaux sauvages, tandis que l'orchestre et la scène ont été recouverts d’un remblais de 0,50 m. L'arène en forme d'œuf était désormais adjacente à la scène. Les animaux sauvages étaient gardés dans deux pièces triangulaires formées par le mur de protection et le mur des scènes. Ainsi transformé, le théâtre resta en activité jusqu'à la fin du IVe s. ap. JC.

Réstauré, au mois d'août des représentations dramatiques y sont jouées.

 

Stade

Le stade est situé à l'extrémité sud-ouest du sanctuaire, juste à côté du théâtre. Il a été construit après la première destruction du sanctuaire par les Étoliens en 219 av. JC et est directement lié à la deuxième phase de construction du théâtre, puisque les murs de soutènement des sièges du stade rejoignent le propylon (porche) du théâtre construit à la même époque. Tous les quatre ans, le stade accueillait les jeux Naian, compétition sportive en l'honneur de Zeus, et au début du IIe s. av. JC, ils devinrent des jeux stéphanites (les vainqueurs étaient couronnés de couronnes de rameaux d'olivier).

C'est l'un des rares stades anciens dotés de gradins en pierre, reposant sur des remblais de terre en pente retenus par des murs, tant du côté nord que du côté sud. Sous les sièges sud s'étendait probablement une canalisation pour les eaux de pluie. Les sièges s'étendaient sur 21 ou 22 rangées, traversées par des escaliers étroits. Les sièges de la partie découverte sont aujourd'hui recouverts d’une couche de terre pour les protéger de l'humidité et du gel. Du côté sud, une rainure en pierre avec de petits bassins à intervalles réguliers, permettait le passage de l'eau douce provenant d'une source sur la montagne Tomaros, assurait l'approvisionnement en eau des athlètes en compétition ainsi que des spectateurs. Le sphendone (extrémité du stade) à l'est abritait une porte à deux arcs continus menant au théâtre et aux autres bâtiments du sanctuaire.

 

Acropole

Au nord du sanctuaire, au sommet de la colline, domine l'acropole qui semble avoir servi de refuge aux habitants en cas de danger et de résidence permanente aux autorités qui avaient leur siège à Dodoni. Un mur de fortification fut érigé autour de l’acropole au IVe s. av. JC. Construit en maçonnerie isodomique et long d'environ 750 mètres (superficie de 34.000 m2), le mur avait des tours rectangulaires le long de son périmètre, en particulier sur les côtés ouest et nord, plus facilement accessibles. Il y avait deux portes principales gardées par deux tours aux côtés nord-est et sud-ouest, et une petite porte au sud. La grande porte au sud-ouest communiquait directement avec le théâtre et le sanctuaire. Des éléments en laiton de cette porte ont été conservés et sont actuellement exposés au musée de Ioannina. Large de 3,50 m mais avec l'ouverture limitée à 2,50 m par les deux vantaux, la porte orientale menant à la plaine de Ioannina est conservée en meilleur état. A la base, des vestiges de son articulation sont également conservés. La porte était sécurisée intérieurement par une solide poutre, comme le montre une profonde rainure rectangulaire se prolongeant dans la tour sud.

A l’intérieur de l'acropole on peut voir quelques fondations de bâtiments ainsi qu'un réservoir d'eau souterrain, creusé dans la roche, servant à approvisionner en eau les habitants en cas de besoin. Le toit du réservoir reposait sur deux piliers et ses parois étaient recouvertes de mortier imperméable.

 

Une partie de la population de Dodoni aurait vécu dans les environs, dans les contreforts de Tomaros et surtout dans la chaîne de montagnes orientale, comme le montrent quelques vestiges antiques d'un bâtiment, à 1 km à l'est du sanctuaire.